Le Colisée est le monument le plus visité d'Italie et l'un des plus reconnaissables au monde : chaque année, plus de sept millions de personnes franchissent ses arches millénaires. Pourtant, peu connaissent véritablement son histoire — depuis la décision politique qui en ordonna la construction, à travers des siècles de spectacles, de pillages et de séismes, jusqu'aux restaurations en cours au XXIe siècle. Ce guide parcourt toutes les époques.

Pourquoi fut-il construit : Vespasien et la propagande flavienne

Le Colisée ne naquit pas par hasard. En 64 apr. J.-C., l'empereur Néron avait exproprié un immense terrain au cœur de Rome pour y bâtir la Domus Aurea — son palais privé —, au centre duquel se trouvait un lac artificiel. Quand Néron mourut en 68 apr. J.-C. et que la dynastie julio-claudienne s'éteignit, la ville avait une dette symbolique à solder : cette terre avait été confisquée au peuple.

Vespasien, fondateur de la dynastie flavienne, comprit la portée politique du geste. Entre 70 et 72 apr. J.-C., il fit assécher le lac de Néron et ordonna la construction d'un amphithéâtre public sur son emplacement — le plus grand jamais érigé dans le monde romain. Le message était limpide : ce qui avait appartenu au tyran retournait au peuple. Ce n'est pas un hasard si les Romains le nommèrent d'abord Amphitheatrum Flavium (Amphithéâtre Flavien). Le nom « Colisée » ne s'imposa que des siècles plus tard, probablement en raison de la colossale statue de bronze de Néron — le Colosse de Néron — qui se dressait à proximité et que Vespasien avait consacrée au Soleil.

Financé par la guerre judéenne

La construction fut partiellement financée par le butin de la Première Guerre judéo-romaine (66–73 apr. J.-C.), notamment les trésors du Temple de Jérusalem emportés après sa destruction en 70 apr. J.-C. Une inscription partiellement reconstituée, découverte dans la structure même, en témoigne : [...] ex manubiis [...] — « sur les dépouilles de la guerre ». Des milliers d'esclaves et de prisonniers juifs travaillèrent sur le chantier.

La construction : bâtir le plus grand amphithéâtre du monde

Technique et matériaux

L'Amphithéâtre Flavien est une synthèse extraordinaire du génie romain. La structure elliptique mesure 188 mètres sur son grand axe et 156 mètres sur le petit ; la hauteur extérieure atteint 48 à 50 mètres (variable selon les dommages subis au fil des siècles). L'arène centrale mesure 83 × 48 mètres.

Les matériaux utilisés reflètent une hiérarchie structurelle précise :

  • Travertin (calcaire extrait des carrières de Tivoli) : façade extérieure et principaux éléments porteurs — on estime qu'il en fut utilisé plus de 100 000 tonnes
  • Tuf (péperin et tuf de l'Aniene) : murs intérieurs
  • Brique cuite : voûtes et structures secondaires
  • Béton romain (opus caementicium) : fondations et remplissages — un mélange de chaux, de pouzzolane et de gravats qui se consolide encore davantage avec le temps, l'une des grandes inventions du génie antique

Le calendrier des travaux

Les travaux commencèrent vers 70–72 apr. J.-C. sous Vespasien et s'achevèrent sous son fils Titus, qui inaugura l'édifice en 79–80 apr. J.-C. (les sources antiques situent l'inauguration en 79 ou 80 ; la majorité des historiens modernes penchent pour 80 apr. J.-C.). Une troisième et dernière phase — le quatrième étage avec ses galeries en bois — fut achevée sous Domitien, le second fils de Vespasien, avant 81 apr. J.-C.

La main-d'œuvre, selon les estimations modernes, comprit entre 100 000 et 200 000 travailleurs à différentes phases : esclaves, affranchis, artisans spécialisés. La rapidité de construction — moins de dix ans pour un ouvrage d'une telle complexité — demeure remarquable.

L'inauguration de 80 apr. J.-C. : cent jours de jeux

Les jeux inauguraux

L'empereur Titus inaugura l'amphithéâtre par cent jours de jeux (ludi), parmi lesquels :

  • Venationes : chasses d'animaux exotiques (lions, tigres, éléphants, ours)
  • Munera : combats de gladiateurs
  • Naumachiae : batailles navales — l'arène fut inondée au moins durant les premières semaines (avant que l'hypogée souterrain ne soit aménagé), selon Dion Cassius
  • Spectacles athlétiques et courses équestres

Dion Cassius rapporte qu'en ces cent jours périrent 9 000 animaux et un nombre indéterminé de gladiateurs et de condamnés.

La capacité

Le Colisée pouvait accueillir entre 50 000 et 80 000 spectateurs (les estimations varient : 50 000 est le chiffre le plus conservateur fondé sur les places numérotées connues ; 80 000 inclut les zones debout). L'accès s'effectuait par 80 arcs numérotés (de I à LXXVI, quatre étant réservés à l'empereur et aux autorités), ce qui permettait de remplir et de vider le stade en quelques minutes — un système de vomitoria qu'ont repris bien des stades modernes.

Les places étaient strictement hiérarchisées selon la condition sociale : l'empereur dans le pulvinar (loge impériale), les sénateurs au premier rang, les chevaliers dans les gradins intermédiaires, le peuple dans les secteurs supérieurs, les femmes et les esclaves dans l'anneau de bois le plus élevé.

L'architecture : lire la façade

La façade extérieure du Colisée est un manuel d'architecture romaine. Ses quatre niveaux superposés affichent les ordres architecturaux en séquence canonique, du plus robuste au plus élégant :

NiveauOrdreCaractéristique
1er (rez-de-chaussée)ToscanArcs avec demi-colonnes toscanes ; 80 ouvertures
2eIoniqueArcs avec demi-colonnes ioniques ; statues dans les niches (aujourd'hui vides)
3eCorinthienArcs avec demi-colonnes corinthiennes ; statues dans les niches
4e (attique)CompositePilastres plats ; fenêtres alternant avec des boucliers de bronze

Les 240 montants verticaux de l'attique soutenaient les mâts du velarium — l'immense toile qui ombrageait les spectateurs. Sa manœuvre requérait un détachement spécial de la flotte de Misène.

L'hypogée

Sous le sol de l'arène, à l'abri des regards des spectateurs, s'étendait un complexe réseau souterrain de couloirs, de cellules et de monte-charges — l'hypogée — vraisemblablement aménagé sous Domitien. De là étaient hissés gladiateurs, animaux et décors à travers des trappes dans le plancher de l'arène (recouvert de sable, du latin harena, qui a donné le mot « arène »). L'hypogée est aujourd'hui accessible aux visiteurs et constitue l'un des espaces les plus saisissants du monument.

Les spectacles : gladiateurs, fauves et condamnés

Les catégories de gladiateurs

Les gladiateurs n'étaient pas tous semblables : il existait plus de vingt types reconnaissables à leur armement, chacun ayant des adversaires « canoniques » attitrés :

  • Mirmillon : casque à crête en forme de poisson, bouclier rectangulaire ; combattait le Rétiaire
  • Rétiaire : filet et trident, presque sans armure ; misait sur l'agilité et la tactique
  • Secutor : casque fermé sans crête ; poursuivait le Rétiaire
  • Thrace : épée courbe (sica), petit bouclier rond
  • Provocateur : armure lourde, équipement de style légionnaire
  • Dimachaire : combattait avec deux épées

La plupart des gladiateurs étaient des esclaves, des criminels condamnés ou des prisonniers de guerre, mais avec le temps des hommes libres s'engagèrent volontairement (auctorati) pour l'argent ou la gloire. Ils s'entraînaient dans des écoles appelées ludi. La plus célèbre, le Ludus Magnus, se trouvait juste en face du Colisée et lui était reliée par un tunnel souterrain.

Le pouce : mythe et réalité

Le célèbre geste du « pouce baissé » pour décréter la mort du gladiateur vaincu est une simplification du XIXe siècle, popularisée surtout par le tableau de Jean-Léon Gérôme de 1872. Les sources antiques indiquent que le geste de la foule était plus complexe et variable. Le sens exact de pollice verso (littéralement « pouce retourné ») est encore débattu par les historiens. Le geste de grâce était probablement le pouce dissimulé dans un poing fermé.

Le sort des vaincus

La mort n'était pas automatique. Un gladiateur qui s'était battu courageusement pouvait être gracié par l'empereur ou l'editor (le commanditaire des jeux) sous la pression du public. Un gladiateur de valeur représentait un investissement économique : l'entraînement, la nourriture, le logement et les soins médicaux coûtaient cher. Le tuer inconsidérément était irrationnel. Des inscriptions funéraires montrent que bien des gladiateurs survécurent à des dizaines de combats.

Le Colisée dans le Bas-Empire : déclin et transformations

La fin des combats de gladiateurs

La montée progressive du christianisme comme religion d'État (édit de Thessalonique, 380 apr. J.-C.) entraîna une lente réduction des spectacles sanglants. La tradition veut que le moine Télémaque soit mort dans l'arène en 404 apr. J.-C., cherchant à séparer deux gladiateurs, provoquant l'indignation de la foule mais aussi la décision de l'empereur Honorius d'abolir définitivement les munera. Les venationes (chasses d'animaux) se prolongèrent jusqu'en 523 apr. J.-C., date à laquelle le roi ostrogoth Théodoric les interdit définitivement.

Séismes et spoliations médiévales

Le Colisée souffrit gravement de deux séismes dévastateurs : en 1231 et, surtout, en 1349, qui fit s'effondrer tout le flanc sud-est de la structure. Les blocs de travertin tombés servirent de carrière pour Rome médiévale et renaissante tout entière : les matériaux du Colisée se retrouvent littéralement dans les murs de ses palais, de ses églises et de ses bastions.

À partir du Ve siècle, le monument fut utilisé comme :

  • Forteresse (par les familles nobles Frangipane et Annibaldi aux XIe–XIIe siècles)
  • Cimetière
  • Atelier artisanal
  • Logement (habitations dans les travées des arcs)
  • Carrière de matériaux (travertin, fers d'agrafes — les trous sur la façade sont les traces laissées par l'arrachage des agrafes)

Des études modernes estiment qu'environ deux tiers du matériau d'origine ont été prélevés.

La rédemption : de carrière à sanctuaire chrétien

Le Colisée et le sang des martyrs

Aux XVIIe et XVIIIe siècles se répandit et se consolida la tradition selon laquelle le Colisée aurait été le théâtre du martyre des chrétiens. Le pape Benoît XIV (1749) le consacra officiellement à la mémoire des martyrs et mit fin à son utilisation comme carrière. Le Chemin de Croix au Colisée devint une tradition pascale qui se perpétue à ce jour.

L'historiographie moderne est prudente : les persécutions de chrétiens à Rome étaient réelles (Néron fut le premier persécuteur), mais il n'existe pas de preuve documentaire certaine d'exécutions spécifiquement dans le Colisée. Le lieu garde néanmoins une profonde signification spirituelle pour des millions de fidèles.

Les restaurations : du XIXe siècle à 2025

La Grande Restauration du XIXe siècle

Les premiers travaux systématiques de consolidation furent entrepris par Giuseppe Valadier (1807–1827) et Luigi Canina (1845–1852), qui reconstruisirent partiellement les murs menaçants avec de la brique moderne — aisément distinguishable de l'original par sa couleur plus rouge. Ces interventions sauvèrent l'édifice de l'effondrement, mais altérèrent aussi la lisibilité historique de la structure.

La restauration contemporaine (1990–2025)

La restauration la plus récente et la plus ambitieuse s'est déroulée en plusieurs phases :

  • Années 1990 : nettoyage des surfaces et première consolidation structurelle
  • 2013 : achèvement du premier lot de restauration de l'arcade méridionale, financé par Tod's (25 millions d'euros)
  • 2016–2018 : restauration de l'hypogée
  • 2021–2023 : consolidations complémentaires et aménagement muséographique
  • 2023 (annonce) : approbation du projet d'une nouvelle arène en bois permettant des spectacles et restituant la perspective originale (travaux en cours en 2025)

La nouvelle arène

Le projet approuvé par le Ministère de la Culture italien prévoit la pose d'un plancher réversible en mélèze recouvrant partiellement l'hypogée. L'objectif est double : restituer la perspective originale aux visiteurs et permettre l'organisation d'événements culturels dans cet espace. L'achèvement est prévu pour 2025–2026.

Informations pratiques pour la visite

Mis à jour : mai 2026

AdressePiazza del Colosseo, 1 — 00184 Rome, Italie
MétroLigne B, station Colosseo
Bus51, 75, 85, 87, 117
HorairesOuverture à 9 h ; fermeture variable (consulter le site officiel)
Plein tarif18 € (comprend le Forum romain et le Palatin)
Tarif réduit2 € (ressortissants UE de 18 à 25 ans)
GratuitMoins de 18 ans ; premier dimanche de chaque mois
Site officielcolosseo.it
RéservationFortement recommandée en ligne (évite 2 à 3 h de file)

Conseils pratiques

  • Réservez à l'avance : le Colisée est le site le plus visité d'Italie. Sans réservation, en haute saison, l'attente peut atteindre 2 à 3 heures.
  • Visitez l'hypogée : billet combiné ou supplémentaire requis ; réservez tôt, les créneaux sont limités.
  • Meilleurs horaires : tôt le matin (9–10 h 30) ou en fin d'après-midi (16 h 30–18 h) pour une belle lumière et moins de monde.
  • Arena Experience : certains créneaux permettent de descendre dans l'arène — une expérience à ne pas manquer.
  • Audioguides : disponibles en italien, anglais, français, allemand, espagnol, japonais, chinois et russe.

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Questions fréquentes

Quel est le prix du billet du Colisée en 2025 ? Le plein tarif est de 18 € et comprend l'accès au Forum romain et au Palatin. Les ressortissants de l'UE âgés de 18 à 25 ans paient 2 € ; les moins de 18 ans entrent gratuitement. Le premier dimanche de chaque mois, l'entrée est gratuite pour tous.

Comment réserver un billet pour le Colisée ? La façon la plus pratique est de passer par le site officiel colosseo.it. La réservation est fortement recommandée, notamment au printemps et en été.

Combien de temps faut-il pour visiter le Colisée ? Le Colisée seul nécessite 1 à 2 heures. En ajoutant le Forum romain et le Palatin (inclus dans le billet), prévoyez au minimum 4 à 5 heures au total.

Peut-on visiter l'hypogée du Colisée ? Oui, avec un billet combiné ou supplémentaire et une réservation distincte. Les places sont limitées et s'épuisent rapidement.

Quand le Colisée a-t-il été construit ? La construction commença entre 70 et 72 apr. J.-C. sous l'empereur Vespasien et fut inaugurée en 80 apr. J.-C. par l'empereur Titus, avec cent jours de jeux.

Pourquoi s'appelle-t-il « Colisée » et non « Amphithéâtre Flavien » ? Le nom vient probablement de la colossale statue de bronze de Néron — le Colosse de Néron — qui se trouvait à proximité. La statue fut reconvertie en représentation du Soleil après la mort de Néron.

Le Colisée servait-il à l'exécution des chrétiens ? La tradition est profondément ancrée, mais historiquement incertaine. Il n'existe pas de preuve documentaire certaine d'exécutions de chrétiens spécifiquement dans le Colisée, même si les persécutions romaines étaient bien réelles. Le pape Benoît XIV le consacra à la mémoire des martyrs en 1749.

Pourquoi une partie du Colisée est-elle détruite ? Le flanc sud-est s'est effondré principalement à la suite du séisme de 1349. Les matériaux tombés furent ensuite utilisés comme carrière pour construire palais et églises romains.

Article n° 1 — TIER S — MON-01 Colisée Type : HISTORY Mots : ~2 800

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