Construit entre 72 et 80 apr. J.-C. à la demande de Vespasien et inauguré par Titus, le Colisée — techniquement l'Amphithéâtre Flavien — devait accueillir 50 000 à 80 000 spectateurs, les organiser par rang social, offrir la visibilité à tous, gérer l'afflux de dizaines de milliers de personnes en quelques minutes, et supporter pendant des siècles le poids de la foule, des décors et des intempéries. Chaque élément architectural visible aujourd'hui est la réponse à une ou plusieurs de ces contraintes.
Les dimensions : la plus grande ellipse du monde antique
Le Colisée mesure 188 mètres sur le grand axe, 156 mètres sur le petit axe, avec une circonférence de 527 mètres et une hauteur originelle de 48 à 52 mètres (quatre ordres architecturaux).
L'arène centrale — la zone de combat — mesure 83 × 48 mètres, une superficie comparable à un terrain de football. En dessous s'étend le réseau de l'hypogée sur deux niveaux, jusqu'à une profondeur maximale d'environ 6 mètres.
Le choix de la forme elliptique n'est ni fortuit ni esthétique. Une ellipse garantit :
- Une visibilité uniforme depuis chaque point de la cavea (aucun angle mort)
- Une distribution des contraintes plus efficace qu'un cercle pour des structures de cette taille
- Un flux de public plus fluide, avec des entrées réparties tout autour du périmètre
Les matériaux : travertin, tuf, brique et béton romain
Le Colisée est un remarquable essai d'ingénierie des matériaux. L'utilisation combinée de quatre matériaux fondamentaux reflète des choix structurels et logistiques précis :
Le travertin
Le calcaire compact extrait des carrières de Tivoli (à 28 km de Rome) constitue le parement extérieur et les principales structures porteuses. Le volume total de travertin employé est estimé à environ 100 000 mètres cubes. Pour le transporter, des routes temporaires furent construites et quelque 2 000 chars à bœufs étaient en service permanent. Le travertin offre une haute résistance à la compression mais doit être protégé de l'eau ; il était à l'origine recouvert d'enduit.
Le tuf et le péperin
Des blocs de tuf (pierre volcanique légère) et de péperin étaient utilisés dans les structures intérieures moins exposées, comme les piliers des couloirs et les structures de soutien secondaires. Bien moins chers et plus légers que le travertin, ils permettaient d'alléger la structure sans compromettre la stabilité.
Opus incertum et opus reticulatum (béton romain)
Le « béton romain » (opus caementicium) était fabriqué à partir de chaux, de pouzzolane volcanique et de granulats. La pouzzolane, extraite des zones volcaniques du Latium, conférait au béton la capacité de durcir sous l'eau et de résister pendant des siècles sans se dégrader. La combinaison de l'opus incertum (pierres irrégulières noyées dans le béton) et de l'opus reticulatum (réseau de pierres en forme de losange) remplissait les travées entre les piliers et les voûtes.
La brique
À partir des restaurations des IIe et IIIe siècles, la brique cuite remplaça progressivement le tuf dans les structures de remplissage et les réparations. Aujourd'hui, de nombreuses sections exposées du Colisée montrent cette alternance entre piliers en travertin et remplissages en brique.
Le système d'arcs et de voûtes
L'élément structural dominant du Colisée est l'arc en plein cintre, répété en série pour les trois niveaux d'arcades extérieures et intérieurement pour les couloirs annulaires et radiaux.
Chaque niveau de la façade extérieure présente 80 arcades avec des demi-colonnes engagées d'ordre architectural différent :
- Premier niveau : ordre toscan (le plus simple, base dorique italique)
- Deuxième niveau : ordre ionique (chapiteaux à volutes)
- Troisième niveau : ordre corinthien (chapiteaux à feuilles d'acanthe)
- Quatrième niveau (attique) : pilastres corinthiens avec fenêtres et boucliers en bronze doré
Cette séquence verticale d'ordres architecturaux — reprise dans toute l'architecture Renaissance et moderne ultérieure — n'est pas purement décorative. Chaque niveau supérieur est plus léger que le précédent (moins de matière, ouvertures plus larges), réduisant la masse totale au fur et à mesure que l'on monte.
Les 80 entrées et le système de distribution
L'un des exploits d'ingénierie les plus remarquables du Colisée est sa capacité à évacuer environ 80 000 spectateurs en moins de 15 minutes. Cet exploit était rendu possible par un système de circulation conçu avec une précision quasi moderne.
Les vomitoria
Le terme latin vomitorium désigne précisément les passages par lesquels le public « s'écoulait » vers et depuis leurs places. Le Colisée comptait 80 entrées périmétriques, numérotées en chiffres romains (encore visibles dans certains cas). Sur ces 80, quatre étaient réservées :
- Deux pour l'empereur et sa cour (entrées principales nord et sud)
- Une pour les Vestales et les dignitaires
- Une pour les gladiateurs et le personnel du spectacle
Les 76 restantes étaient ouvertes au public. Chaque spectateur recevait avec son billet (tessera) un numéro d'entrée et une section, et les couloirs intérieurs dirigeaient chaque personne vers son secteur sans traverser ceux des autres.
Couloirs annulaires et radiaux
À l'intérieur du Colisée, trois couloirs annulaires (circulaires) et 80 couloirs radiaux (rayonnant de l'extérieur vers l'arène) formaient une grille capable de distribuer les flux indépendamment pour chaque secteur. Les visiteurs se rendant à l'hypogée ne croisaient pas ceux qui montaient au belvédère.
La cavea : la stratification sociale dans le marbre
La cavea — la zone des gradins — était divisée en quatre secteurs principaux reflétant la rigide hiérarchie sociale romaine :
- Podium (premier niveau, directement au-dessus de l'arène) : réservé aux sénateurs, prêtres, Vestales et magistrats. Sièges en marbre blanc avec dossier ; les sections étaient attribuées nominalement.
- Maenianum primum (deuxième niveau) : chevaliers (equites) et citoyens romains de rang
- Maenianum secundum (troisième niveau) : plébéiens romains libres
- Summum maenianum (quatrième niveau, sous le velarium) : femmes, affranchis, étrangers. Sièges en bois ou pierre brute
La distance à l'arène augmentait à mesure que le rang social diminuait : ceux qui étaient assis en haut se trouvaient à près de 50 mètres du sol de l'arène. L'inclinaison moyenne des marches était d'environ 35 à 40 degrés — suffisant pour garantir la visibilité mais aussi pentu qu'un escalier moderne.
Les fondations : assécher le lac de Néron
Avant de construire le Colisée, les Flaviens durent résoudre un problème fondamental : le sol. Le site choisi était la vallée marécageuse artificiellement agrandie que Néron avait utilisée comme lac ornemental pour sa Domus Aurea. Ce terrain était inadapté pour supporter une structure de telles dimensions.
La solution fut un système de fondations en grille en opus caementicium : une plateforme continue de béton jusqu'à 13 mètres d'épaisseur et d'environ 80 × 200 mètres en plan, distribuant la charge sur toute la surface du sol plutôt que de la concentrer en des points spécifiques. Il s'agit probablement de la plus grande coulée unique de béton de l'Antiquité romaine.
Contreforts et arcs de renfort
Le Colisée médiéval et Renaissance a subi des dommages importants dus aux tremblements de terre (notamment celui de 1349) et à la spoliation systématique de ses matériaux. Le profil actuel — avec un tiers de l'anneau extérieur manquant côté sud-ouest — date des dégâts des XIVe–XVIe siècles.
Ce qui subsiste révèle clairement les contreforts médiévaux ajoutés à la structure et les arcs de renfort en brique insérés dans les voûtes des couloirs à des époques ultérieures. Ces éléments, bien que non romains, témoignent de l'utilisation continue du monument comme forteresse, carrière et refuge.
Acoustique : un problème non résolu ou un projet intentionnel ?
L'un des aspects les moins discutés de l'architecture du Colisée est son acoustique. Contrairement aux théâtres grecs — conçus avec des pentes calculées pour diffuser la voix parlée — le Colisée était pensé pour des spectacles visuels plutôt que verbaux. Aucun acteur ne récitait de textes au Colisée : on regardait des batailles.
Cependant, des études acoustiques modernes (publiées entre 2010 et 2020) ont révélé que la structure résonne de manière particulière aux fréquences de la voix humaine, créant un champ sonore diffus qui permettait à une foule de 80 000 personnes d'entendre des signaux acoustiques (trompettes, ordres, réactions de la foule elle-même) même à grande distance de la source.
La restitution : comment c'était à l'origine
Le Colisée d'origine était bien plus fini :
- Revêtement en stuc blanc et coloré sur les murs extérieurs
- Marbrage des ordres supérieurs
- Boucliers en bronze doré (clypei) dans les niches du quatrième niveau
- Statues en pierre et en bronze dans les 160 arcades des trois niveaux intermédiaires
- Auvent du velarium couvrant toute la cavea
- Plancher en bois de l'arène recouvert de sable, avec trappes et mécanismes cachés
Sa ruine même est une leçon de matériaux : les boucliers de bronze ont été fondus au Moyen Âge, les statues de marbre brûlées pour en tirer de la chaux, les agrafes métalliques entre les blocs de travertin arrachées (les trous restants sont encore visibles), mais le squelette en béton romain a perduré.
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Questions fréquentes
Combien d'années a-t-il fallu pour construire le Colisée ? Environ 8 à 10 ans. Les travaux ont débuté en 72 apr. J.-C. sous Vespasien, inauguration en 80 apr. J.-C. sous Titus. Les niveaux supérieurs ont été achevés sous Domitien.
Combien de personnes ont travaillé à sa construction ? Les estimations varient. Les sources mentionnent des milliers de prisonniers juifs déportés après la guerre judéo-romaine de 70 apr. J.-C., plus de nombreux artisans spécialisés romains. Certaines estimations atteignent 60 000 à 100 000 travailleurs au pic de l'activité.
Pourquoi manque-t-il presque toute la façade sud ? L'effondrement a été causé principalement par le tremblement de terre de 1349. Par la suite, les matériaux ont été systématiquement prélevés pour construire d'autres édifices romains (Palazzo Venezia, Palazzo della Cancelleria, Saint-Pierre).
Quel est l'ordre architectural du Colisée ? Le quatrième niveau est le seul sans arcades ouvertes : c'est un attique plein avec pilastres corinthiens et fenêtres alternées avec des boucliers. Ce niveau a été ajouté par Domitien pour augmenter la capacité.
Le Colisée utilisait-il encore des arcs étrusques ? Non. Les Romains avaient perfectionné l'arc en plein cintre par eux-mêmes. Sa répétition en série — comme élément à la fois structurel et décoratif — est l'une des conquêtes les plus durables de l'architecture romaine.
Article n° 10 — TIER S — MON-01 Colisée Type : HISTOIRE Mots : ~2 400
Voir aussi
- Le Colisée : histoire complète de son inauguration en 80 apr. J.-C. à 2025
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