Le corpus borghésien
La Galerie Borghèse conserve six tableaux du Caravage — plus que toute autre collection publique au monde. Cette concentration n'est pas fortuite : le cardinal Scipione Borghese fut le plus important mécène et protecteur du Caravage à Rome, et obtint les œuvres tant par des commandes directes qu'en profitant des difficultés judiciaires du peintre.
Les six tableaux couvrent presque toute la carrière du peintre, des premières œuvres des années 1590 aux dernières de 1609–1610, lorsque le Caravage avait fui Rome après un homicide.
1. Bacchus malade (~1593–1594)
L'un des tout premiers tableaux documentés du Caravage, probablement un autoportrait déguisé en Bacchus. Le jeune dieu du vin a tout sauf un aspect triomphant : pâle, les lèvres bleutées, une grappe de raisin desséchée entre les mains. Le réalisme est déjà le réalisme mûr du Caravage : pas le dieu idéal, mais un modèle des rues immortalisé dans un moment de malaise.
Le tableau faisait partie de la collection de Giuseppe Cesari d'Arpino et fut confisqué avec les autres en 1607.
2. Garçon avec un panier de fruits (~1593–1594)
De la même période que Bacchus malade. Un adolescent tient un panier de fruits aux feuilles fanées et aux fruits partiellement abîmés — un thème vanitas, le temps qui passe même dans l'abondance. Le visage est lumineux, le geste naturel. L'attention aux détails naturalistes (chaque feuille, chaque imperfection du fruit) est déjà pleinement caravagesque.
3. Madone des palefreniers (1605–1606)
Cette œuvre fut commandée par la Confrérie des Palefreniers Apostoliques pour leur chapelle à Saint-Pierre du Vatican. Elle fut livrée en 1606 et immédiatement rejetée comme indécente : la Vierge relève sa robe pour montrer son pied nu en écrasant le serpent, assistée par l'enfant Jésus, sous le regard de sainte Anne.
Le rejet était motivé par la représentation trop charnelle de la Vierge et la présence encombrante de sainte Anne — âgée, ridée, irréductiblement humaine. Scipione Borghese acheta le tableau deux jours après le refus.
4. Saint Jérôme écrivant (1605)
Le Caravage représente le docteur de l'Église en train de traduire la Bible en latin. La composition est dépouillée : un vieillard courbé sur un livre, une bougie, un crâne — les symboles de l'érudit et de la vanité. Le bras tendu vers la page est l'un des gestes les plus convaincants du Caravage mûr : non un geste rhétorique, mais le geste réel de quelqu'un qui écrit.
5. Saint Jean-Baptiste (1610)
L'une des dernières œuvres, peinte probablement à Naples ou à Malte peu avant la mort du peintre (1610). Le jeune Jean est représenté au repos, un bélier à ses côtés, une expression contemplative sur le visage. Le rouge du manteau et la lumière qui découpe la figure de l'obscurité sont les marques stylistiques de la dernière phase du Caravage : touches plus libres, composition plus simple, un sentiment croissant de mélancolie.
6. David avec la tête de Goliath (1609–1610)
L'œuvre la plus énigmatique. David tient par les cheveux la tête tranchée de Goliath — et ce visage est un autoportrait du Caravage. Le peintre se représente comme le géant vaincu, la tête coupée, les yeux encore ouverts.
C'est une œuvre d'auto-accusation et d'imploration de grâce : le Caravage était en exil depuis qu'il avait tué Ranuccio Tomassoni en 1606. Il envoya le tableau à Scipione Borghese comme une imploration silencieuse de pardon et d'autorisation de retourner à Rome. Le pardon ne vint jamais — le Caravage mourut en 1610 en chemin vers le nord.
Où les trouver
Les six œuvres sont réparties au rez-de-chaussée et à l'étage supérieur :
- Salle VIII : Bacchus malade, Garçon avec un panier de fruits
- Salle IX : Madone des palefreniers, David avec la tête de Goliath, Saint Jérôme écrivant, Saint Jean-Baptiste
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Questions fréquentes
Combien de Caravage y a-t-il à la Galerie Borghèse ? Six tableaux — le nombre le plus élevé au monde dans une seule collection publiquement accessible.
Pourquoi le Caravage envoya-t-il le David à Scipione Borghese ? C'était une imploration silencieuse de pardon : le Caravage était en exil depuis 1606 après avoir tué un homme, et cherchait une protection pour revenir à Rome.
Pourquoi la Madone des palefreniers fut-elle refusée ? En raison de la représentation trop charnelle de la Vierge et de la présence peu idéalisée de sainte Anne, jugées inconvenantes par la commission originale.
Article n° 163 — TIER S — MON-09 Galerie Borghèse Type : HISTORIQUE Mots : ~750